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Memento (2000)

Un film de Christopher Nolan

Suivi d’une intervention d’Angélique Thébert

Jeudi 28 Avril 2011, 20h

Présentation du film par Angélique Thébert

Suite à une agression au cours de laquelle sa femme trouve la mort, Leonard Shelby souffre d’amnésie antérograde (trouble de la mémoire qui se caractérise par une incapacité à fixer durablement de nouveaux souvenirs). Ayant perdu son ancrage dans le temps, il entame néanmoins une enquête et une poursuite vengeresse.

Cette traque de l’assassin, qui ne devrait être qu’un moyen détourné pour nous plonger dans les dédales de la mémoire de Shelby, se transforme très vite en point de repère salvateur, en guide indispensable autant pour Shelby que pour nous, spectateurs, malmenés et ballottés au gré des méandres mnésiques de celui-ci. Car ne nous y trompons pas, ce sur quoi il s’agit véritablement d’enquêter, c’est sur Shelby lui-même. Pour lui, l’enjeu est bien de démêler les fils de sa mémoire et de renouer, si possible, avec le fil perdu de son identité. Mais voilà, le fil psychologique maintenu, bien que ténu, est-il suffisant pour colmater les brèches de son identité ? Surtout, est-il suffisant pour faire de lui un « lieu » de responsabilité, se tenant « derrière » la série des « rôles » qu’il endosse ? Et si après tout Shelby était l’incarnation cinématographique de cet être « humien », qui ne consiste qu’en « un faisceau ou une collection de perceptions différentes, qui se succèdent avec une rapidité inconcevable et sont dans un flux et un mouvement perpétuels » (Traité de la nature humaine, 1739) ? Là où nous persistons à voir, derrière la succession de nos perceptions, la présence d’un Moi inaltérable (telle une scène de théâtre voyant se succéder drames et tragédies), le philosophe écossais David Hume nous montre que, ce à quoi nous avons véritablement accès quand nous nous observons, ce n’est pas à la scène spirituelle qui accueillerait nos perceptions évanescentes, mais c’est au seul mouvement de ces perceptions. De là à en conclure que, à strictement parler, nous ne sommes qu’une collection d’impressions fugitives, il y a un pas que d’aucuns n’hésitent pas à franchir. Quelles sont les implications de l’intermittence de ce fil psychologique, sur lequel on a pourtant fait reposer le poids de l’identité de notre « Moi » à travers le temps ?

Memento constitue un laboratoire privilégié pour répondre à cette question. Le film sera pris comme un terrain d’expérimentation pour tester quelques théories philosophiques relatives à la notion d’ « identité personnelle ». A travers l’analyse de la structure narrative en chiasme du film, il s’agira également de mettre en évidence comment il revient au spectateur de reconstruire l’histoire, lui donner cohérence et épaisseur, et donc comment c’est à lui que le réalisateur Nolan confie la responsabilité d’attribuer à Shelby la seule identité à laquelle il peut prétendre : une identité à la « troisième personne ».

Angélique Thébert

Docteur et professeur agrégé de philosophie au lycée Livet, Nantes. Domaines de spécialisation : Épistémologie (théorie de la connaissance) ; philosophie de l’esprit ; philosophie du sens commun.

Voir sa fiche sur le site du Centre Atlantique de Philosophie.

Podcast

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