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The Deer Hunter (1978)

Un film de Michael Cimino

Suivi d’une intervention de Florent Guénard

Lundi 9 Mai 2011, 20h

Présentation du film par Florent Guénard

Steven, Michael et Nick, ouvriers sidérurgistes d’une petite ville de Pennsylvanie, partent faire la guerre au Vietnam. Avant leur départ, ils vont, avec leurs amis, chasser le cerf dans les montagnes, après avoir célébré les noces de Steve et d’Angela, lors d’une cérémonie et un banquet où toute la communauté d’origine russe éprouve tout autant la solidité que la fragilité des liens qui la constituent.

Le film, à sa sortie en 1978, est consacré par Hollywood (il reçoit cinq oscars) et rejeté par la critique, particulièrement européenne, qui y voit essentiellement un éloge de la guerre qui fabrique des héros, ou pire encore l’auto-célébration d’une Amérique incapable d’affronter sa propre histoire et de s’avouer sa culpabilité.

Que la guerre soit au cœur du film est indéniable ; mais qu’elle en soit l’objet est plus incertain. De la guerre à proprement parler, rien n’est vraiment montré : quelques scènes décousues seulement, sans qu’un fil narratif vienne expliquer l’enchaînement des situations, et une séquence centrale, métaphorique, où elle est réduite à un tragique jeu de hasard (la roulette russe à laquelle les prisonniers américains sont contraints par leurs geôliers vietnamiens). De la guerre on ne discute pas non plus. Ceux qui en reviennent sont incapables d’en parler, ceux qui restent ne savent comment l’évoquer. Expérience incommunicable, événement sans représentation, la guerre est montrée avant tout comme ce qui ébranle la communauté que les individus, à force de rituels, de pratiques répétées (la partie de chasse, la danse, le chant) mais aussi de non-dits, s’efforcent de constituer. La structure du film, qui sépare nettement trois moments (le mariage et la partie de chasse, le Vietnam et la roulette russe, le retour et le travail de deuil), souligne nettement cet aspect : le problème est bien de reconstituer les liens que l’absence tend à défaire. Cimino montre bien l’ambiguité de toute communauté, qui existe tout à la fois par ses membres et au-dessus de ses membres. Il montre aussi, plus profondément encore, que la guerre est également ce qui permet à la communauté de se prolonger, en projetant hors d’elle-même les violences que les relations en son sein ne manquent pas d’engendrer : car les pères sont violents, les époux menaçants, et les amis, même s’ils se sacrifient les uns pour les autres, restent des rivaux.

Florent Guénard

Maître de conférences au département de philosophie de l’université de Nantes (CAPHI). Domaines de spécialisation : Philosophie morale et politique. Philosophie du XVIIIe siècle. Rédacteur en chef de la revue La vie des idées.

Voir sa fiche sur le site du Centre Atlantique de Philosophie.

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